Actor’s Studio

Je monte les marches, à Cannes, tapis rouge sous mes pieds, je vais recevoir le grand prix d’interprétation masculine ce soir, c’est sûr. J’ai eu une carrière fulgurante, en devenant l’acteur-fétiche d’un réalisateur français génial ressemblant énormément à Pasolini, de style comme de gueule. Son dernier film a été unanimement salué il y a deux jours, malgré ou à cause d’un habituel parfum de scandale. Espérons qu’il finisse pas sous les roues d’une voiture comme son sosie. En quelques années, je suis passé d’acteur de webséries pour adolescentes à sex-symbol atypique et rebelle, respecté par l’underground comme par le mainstream, et c’est l’heure de la récompense. Smoking et paire de Weston, style ultra-traditionnel pour contraster avec mes frasques régulières… Pour me différencier des autres acteurs, aussi, qui brillent en général par leur mauvais goût vestimentaire, dès qu’ils n’ont plus de costumiers. Ça va sans doute vous surprendre, mais plus j’escalade cette pente de moquette, plus je me demande ce que je fous là…

J’ai décidé de devenir acteur, car la seule chose que je sais faire c’est mentir. Je raconte des histoires qui ne sont pas les miennes, je fais des grimaces, et les trois-quarts de ma vie sont un fantasme. Je mens pour garder une illusion de contrôle. Pour rester insaisissable aux yeux des autres. Je mens pour façonner une vie qui me convient, une existence à la mesure de mon ego. Des existences, pour être plus précis, chaque rôle représentant une nouvelle naissance. Vous me trouvez sûrement pathétique. Vous avez tort. Vous devriez être flatté d’écouter un menteur.

Saviez-vous que plus tôt un enfant apprend à mentir, plus il est intelligent ? Un enfant qui ment jeune est un enfant précoce, qui sait avant les autres comment lire dans les têtes, jouer un rôle et puiser dans son imaginaire pour arriver à ses fins. Il sait conceptualiser la réalité, en faire une vue de l’esprit, qu’il pourra travailler à sa guise. En un mot il est capable d’abstraction, quand tous ses congénères se vautrent dans le concret. Un enfant menteur est capable de penser à long-terme, et de prévoir les réactions des gens avec qui il interagit. C’est un inventeur-né, un rêveur, un démiurge façonneur d’univers, un de ces élus ayant compris que la réalité qui nous entoure n’a que le sens qu’on veut bien lui donner.

Mentir est un travail d’architecte, un cheminement vers l’humilité. Personne ne comprend jamais les menteurs, alors que tout le monde se raconte des histoires à longueur de temps. Vous pensez surement que l’on ne ment que pour se mettre en valeur, bouffir ses qualités, se construire un piédestal immérité. Vous n’êtes que des amateurs. La moitié au moins de mes bobards me mettaient en scène dans des situations négatives ou humiliantes, quand j’étais jeune. Mais l’histoire qui en résultait était toujours intéressante, burlesque ou surprenante. Un menteur sait se dépouiller de son ego, sait abandonner les éléments constitutifs de son être (les événements qu’il a réellement vécu, son expérience brute), pour raconter une belle histoire.

Regardez, beaucoup d’acteurs géniaux ont d’affreuses têtes, lorsqu’ils tiennent un rôle. Nous sommes toujours surpris de voir leurs visages rayonnants et lisses quand ils montent les marches, à Cannes, pour recevoir leurs absurdes prix, comme moi ce soir. La comédie est le seul art où c’est l’absence de sincérité qui fait le talent.

Tout Individu digne de ce nom se doit de construire son propre mythe. Pourquoi les grands hommes sont-ils si fascinants et mystérieux à votre avis ? Vous pensez que c’est parce qu’ils ont vécu des choses spéciales qu’ils sont devenus grands ? Non, c’est parce qu’ils étaient grands qu’ils se sont construits une grande vie, à leur taille. Il faut savoir être bigger than life, comme Hemingway. Nous sommes tout entiers régis par des lois qui nous dépassent. Des agrégats de quarks. Des particules élémentaires. Ce sont bien évidemment nos actes qui nous définissent, donc, mais également la manière dont ces actes sont présentés, la manière dont ils contribueront à la légende. Le fond, la forme, tout ça…

Vivre des choses, c’est accumuler une matière brute, et ce minerai doit être raffiné pour être utile à qui que ce soit. Je connais des gens qui ont voyagé partout dans le monde et qui n’en ont strictement rien retiré. Moi, à l’époque où je n’étais jamais allé nulle part, je pouvais vous faire sentir les odeurs de crémation de Bénarès la ville sainte, les effluves du Gange et du safran, je pouvais vous raconter Hong-Kong, sa chaleur humide, Sydney et ses barbecues sur la plage, sans jamais y avoir mis les pieds. J’ai su que j’étais fait pour jouer la comédie en discutant avec des gens ayant vraiment bourlingué, et en leur faisant sentir qu’en réalité ils n’avaient fait qu’effleurer un pays que moi je connaissais comme ma poche.

Mentir est un immense “Non !” lancé à la face de la réalité. Mentir, c’est choisir que son propre monde à plus de valeur que celui que l’on nous a imposé, c’est choisir que son interprétation à soi est plus forte que celle de tous les autres réunis… C’est une formidable victoire de l’individu sur le collectif quand on y pense.

Mentir comporte aussi quelques inconvénients…un genre de déformation professionnelle en quelque sorte… Au bout d’un moment, on finit par adopter un comportement légèrement caricatural… Des émotions peu profondes, ça finit par se voir, on réagit de manière un peu outrancières aux situations, on finit par vivre sa vie comme un film de série B, comme si on ne la vivait pas vraiment, comme ces femmes volubiles qui rêvent leur vie, avec des cliffhangers, des climax, on déclenche des crises pour rien, comme ça, pour se sentir vivre alors qu’on ne fait que jouer la comédie…

Bref. En menteur de talent, j’ai pris un malin plaisir à me grimer en anti-héros plus dégoûtants les uns que les autres pendant toute ma carrière. J’ai ainsi  joué un rôle d’inspecteur de police nihiliste et désabusé  très remarqué, qui m’a permis de proposer quelques belles performances (notamment une scène de braquage tournée en un seul plan-séquence de 5 minutes) et d’asseoir mon statut d’acteur-culte. J’ai utilisé la technique Brad Pitt: ne jouer que des rôles à contre-temps, pour casser mon image, encore et encore. J’ai été tour à tour interné psychiatrique surdoué s’arrachant les cheveux, travesti drogué prostitué colombien, plombier des Yvelines possédé par le fantôme de Klaus Barbie (pas mon meilleur film), Cajun dégénéré en cavale, pervers manipulateur au visage lisse, etc.

Mais je ne suis qu’un menteur à la petite semaine, comparé aux vrais Mozart du domaine que sont les réalisateurs et les scénaristes. Moi, je n’invente que des postures, des mimiques, des émotions superficielles, j’incarne des fantômes, je baratine un peu, c’est tout, juste assez pour rendre un personnage crédible l’espace d’une heure et demi, c’est-à-dire rien.. Eux sont des demi-dieux, incapables de convaincre qui que ce soit lorsqu’ils ouvrent la bouche, mais remplis d’une petite musique pouvant façonner des mondes entiers. Je ne suis que l’instrument des leurs visions géniales, mais ne croyez pas que je ne suis qu’une marionnette pour autant. Mon art est subtil, et très peu de gens ont suffisamment de grâce et de sensibilité pour réussir à interpréter correctement une émotion. Il est aussi difficile de porter un masque que de le fabriquer. L’élégance corporelle, le bon goût non-verbal, ce sont des choses qui peuvent se travailler mais qui sont en majeure partie innées. On peu apprendre à jouer, mais pas à très bien jouer.

Les flashs se succèdent, mon sourire plaqué fait face à tous les angles des photographes, et j’essaie de ne pas penser à l’absurdité d’une situation poussant des gens à faire la queue des heures pour apercevoir mon visage posé sur un costume impersonnel. Le succès ne prémunit pas contre l’angoisse, bien au contraire. Je vous raconte pas les nuits blanches, lorsque vous devenez célèbre. Les messages de haines, les érotomanes, les fans givrés qui disent qu’ils vous adorent les larmes aux yeux quand vous leur signez un autographe, mais dont savez très bien que vous pourriez recroiser le visage une nuit, dans votre salle de bain, après qu’il soit entré par effraction une arme à la main pour vous expliquer qu’il vous aime en vous vidant un chargeur dans le ventre. Quand on sait que même des stars de la télé réalité se font buter sur scène, y’a de quoi devenir totalement dingue.

Mais je ne suis pas dingue. Je contrôle. J’ai fait installer un panic-room dans ma maison située dans une rue privée et gardée du XVIème arrondissement de Paris (j’adore le 16, c’est isolé, mal desservi, excentré, il n’y a rien à faire, tout le monde vous fout la paix.), 3 mètres d’épaisseur en béton armé, des caméras partout, et je l’ai rempli de boîtes de conserve et d’armes automatiques, au cas où. Mon psy m’a dit qu’il n’y avait rien de pathologique là-dedans. Une simple conséquence de ma soudaine notoriété. Le truc classique.

La célébrité au début, on s’amuse, on profite, normal, on sort au Baron (à l’époque où c’était ouvert et hype), au Silencio, au Montana, au Carmen, et dans tous les clubs où vous n’entrez pas. Puis, on s’aperçoit d’abord que les lieux publics, c’est pour les manants, les provinciaux ou les banlieusards, que tout vrai parisien sait que les vraies soirées à Paris sont dans des salons car lorsque vous savez vivre, vous avez des amis qui organisent de grandes fêtes dans de grands appartements… Puis on s’aperçoit que c’est toujours la même danse de masques, les mêmes nuits répétées en circuit fermé, où l’on voit juste les gens s’avilir chaque fois un peu plus à force de coke et d’alcools… Puis on s’aperçoit que tous ces gens à qui on a désespérément cherché à plaire, pour lesquels on a bataillé jour et nuit, à déclamer des textes seul dans sa chambre comme un aliéné, tous ces gens ne sont que des bouts de néant.

C’est ça aussi qui m’a poussé à mentir…L’angoisse… Je suis monté sur les planches pour combattre ma timidité maladive, ma peur bleue du public, et des autres en général. Je les trouvais sourdement hostiles, tous, je voulais qu’ils m’aiment. Je ne l’ai pas vaincue du tout, ma peur, ceux qui disent que le théâtre apprend la confiance en soi n’y connaissent rien, ça vous apprend à porter un masque, voilà tout. Et à rentrer tout votre être en-dessous, jusqu’à l’oublier. Ça permet de fabriquer un mur invisible, pour maintenir les autres à respectable distance .

Un peu plus tard seulement, j’ai pris conscience que j’étais plus beau que la moyenne, que mon physique était naturellement agréable et bien proportionné, et qu’apprendre à parfaitement simuler effusions émotives et comportements psycho-sociaux m’avait rendu d’autant plus séduisant. Avec l’âge, ma mâchoire s’est durcie, ma barbe s’est fournie, mes épaules se sont déployées, et à l’aube de mes trente ans j’étais un homme. J’ai alors définitivement enterré ma timidité, la troquant pour de l’indifférence. L’avantage d’être beau, c’est qu’on vous pardonne tout, la beauté est la véritable caste aristocratique de notre époque. Les gens sont biologiquement conçus pour s’agenouiller devant un visage symétrique. Si vous êtes beau, on vous passera tout.

Au fond il ne peut pas être méchant, puisqu’il est beau, pensent les filles après que je les aie baisées, lorsque volutes de fumée montent au plafond. C’est facile de rendre une femme amoureuse. Je n’ai qu’à être le support où elles pourront plaquer toutes leurs rêveries. Y’a pas besoin de beaucoup pour les faire démarrer. Il suffit de dessiner les contours d’un rôle, elles remplissent l’intérieur du cadre elles-même. Elles moulinent… font leur petite soupe comme des grandes… Il ne reste plus qu’a jouer le personnage, trouver la vitesse de croisière. Rester bien archétypal. En amour, les femmes préféreront toujours le bac à sable conceptuel des feuilletons à la complexité d’un être humain de chair et d’os. Elles ont des rêves simples, pas compliqués du tout, c’est bien pour ça qu’elles aiment les hommes. Ils sont en général très mal dégrossis, ils conviennent parfaitement pour leurs petits soap-opéras. Lorsque je les croise dans la rue, elles ont du mal à se contenir, elles ne se rendent pas compte que je ne suis qu’une coquille vide, une toile blanche pour leurs fantasmes. Elles ont vu le symbole vivant de toutes leurs projections, ça leur suffit. Certaines sont quand même surprises parfois, elles me trouvent moins d’aura qu’à l’écran. Le réel n’est jamais à la hauteur.

A ce propos, ma compagne du moment est actrice comme moi, et elle grimpe les marches à mes cotés dans sa longue robe noire, et c’est le seul genre de femme capable de me tenir tête, car elle connaît ma vérité: elle aussi n’est qu’un masque virevoltant sur le néant. Elle me sourit, me jette son noir regard de tarentule, son carré de jais met en valeur sa nuque blanche. 1 mètre 75, des membres fins et étirés surplombant un visage de panthère. Les ouvertures de sa robe laissent percevoir un léger sideboob ainsi que ses côtes qui affleurent à la surface de sa peau diaphane. Elle possède un hypnotisant grain de beauté juste sous le sein. Nous nous comprenons, car nous savons que nous ne nous comprendrons jamais. Nous sommes tous deux sans fond, et comme moi, elle n’est qu’ambition.

Quoi d’autre pour structurer une vie de toute façon ? Le couple ? Les normes ? Qu’est-ce qui donne une raison de se lever le matin ? Se fixer des buts à sa mesure, c’est les rendre ineptes et absurdes. Comme une course de haies où l’on placerait soi-même les obstacles devant sa route. Nan, il faut se fixer des buts inatteignables, pour se donner la force d’accomplir quelque chose d’un tant soit peu valable. Vous allez en chier, et vous ne connaîtrez pas le bonheur, mais soyons sérieux 5 minutes: qui en a encore quelque chose à foutre du bonheur en 2016 ? C’est le concept le plus vaseux et surévalué qui soit. Le bonheur n’a jamais rendu heureux personne. Moi je n’ai pas le bonheur, mais j’ai réalisé mes ambitions.

Pour ça, j’ai appris la méthode de jeu de Lee Strasberg, peu courante en France… sans doute que ça a contribué à mon succès, j’ai tout de suite surpris… Cette méthode consiste à s’identifier très profondément à la psychologie de son rôle, en se servant de ses propres affects et expériences personnelles.

Elle démonte le paradoxe du comédien de Diderot, le moins on sent, plus on fait sentir, car cette méthode oblige a être sincère, à ressentir les choses, plutôt que d’apprendre à parfaitement les mimer de manière mécanique. C’est une méthode assez dangereuses, qui pousse à confondre fiction et réalité, et il m’est moi-même arrivé de cesser de me nourrir ou de me laver pendant plusieurs semaines afin de mieux entrer dans un personnage… Beaucoup d’acteurs utilisant cette méthode, reprise par l’Actor’s Studio, ont droit à un suivi psychologique. Malgré tout, au bout d’un moment, on finit par ne plus rien ressentir du tout… A force, ma personnalité s’est entièrement cloisonnée, en disséquant des souvenirs servant à émuler telle ou telle émotion, et en les séparant de tout réel affect. Sur scène, je revis des émotions déjà vécues par le passé, ce qui leur confère leur cachet et mon incroyable sincérité, mais elles sont amputées de mon être. J’arrive à me convaincre tout seul en déclamant mon texte, je m’embobine, et l’émotion sort.

Lorsque je pleure sur scène, suis-je triste ? Suis-je convaincu par les dialogues poignants que l’on a mis dans ma bouche ? Je pleure réellement pourtant, et ressent une tristesse brute et sans objet. Un bon menteur sait que la première personne à qui l’on doit pouvoir mentir, c’est soi-même. Seuls mes très proches amis savent déceler l’océan sombre et glacé sous mon apparence conviviale.

J’en ai un, un scénariste, qui est mon exact inverse. Il a écrit plusieurs de mes meilleurs dialogues. C’est garçon très social et chaleureux en privé, en tête-à-tête, un vrai feu d’artifice, mais totalement misanthrope en société. Il doit rentrer dans son rôle de poète maudit, et moi dans celui de jeune premier. Tout le monde le prend pour un dépressif, sauf ses vrais amis, qui lui demandent régulièrement d’arrêter sa comédie quand il essaie de jouer à l’artiste avec eux… Il pousse le vice jusqu’à écrire sur un blog, comme le dernier des parias.

Il est amusant en soirée… Il se rétracte dans l’intellect, quand moi je me déploie dans le réel. La différence est réellement flagrante lorsque nous sommes tous les deux dans une même pièce: je suis parfaitement épanoui et mes mouvements sont maîtrisés, je vis l’instant présent, quand lui est comprimé, en contre-temps permanent, mouvements saccadés et maladroits,  il bout à l’intérieur, il ressemble à un autocuiseur, un volcan bouché, il a énormément en lui, et ne peut rien faire sortir autrement que par le petit fil mesquin de l’écriture, pendant que moi qui suis creux, je glisse à la surface du monde, je m’étends sur la superficialité des choses, en parfaite adéquation avec la nature même des relations humaines. Il parle beaucoup pour essayer de séduire, il philosophe, il cherche à combler sa timidité, il meuble, il fait toujours tout à coté, tandis que moi je n’ai qu’à être. Un regard, une main sur le bras suffisent. Les gens réclament avant tout de l’image. J’ai essayé de lui expliquer plusieurs fois, déjà.

Sa personnalité est une masse énorme enfermée dans un petit morceau de viande trituré, quand la mienne est un voile délicat parfaitement moulé sur un grand vide. Parfois il explose, et alors c’est très drôle, il vide son sac avec une voix de possédé sur le pauvre hère qui aura eu le malheur de dire un mot de trop, il provoque un scandale, s’humilie, je dois le traîner hors de la pièce, et il s’inflige ensuite systématiquement trois semaines de ruminations… Sa chair est à vif et ne supporte aucun stimulus, quand la mienne est une armure Rennaissance souple et finement ciselée. Et le plus drôle, c’est que c’est moi qui passe pour un garçon émotif doué d’une sensibilité subtile et raffinée. Il n’est pas jaloux, il préfère son imaginaire à mon néant. Je sais très bien ce qu’il fait en ce moment même où je suis en pleine lumière, il fait les cent pas seul dans sa chambre d’hôtel cannoise, attendant une rédemption qui ne viendra pas. Il a refusé catégoriquement de m’accompagner. Il finira par s’endormir épuisé, bouffé par l’intensité de ses pensées. Parfois je l’envie.

Je n’ai aucun ami acteur, car ils sont aussi antipathiques que moi… Des mendiants affectifs, quémandant de l’attention comme un enfant de 6 ans sort de table et fait son intéressant devant les adultes pendant qu’ils dînent… Drogués à la lumière des projecteurs et aux applaudissements, ils sont dans le privé de véritables épaves psychiques, le genre Dewaere, ou comme moi, de tristes monstres froids.

Voilà, j’atteins le haut des marches, je vais disparaître hors de la foule, pour recevoir mon sacre. De loin j’ai donné une belle image de mannequin glacé (avec un teint de soleil), quelqu’un de cool et décontracté, à l’aise dans le monde, parfaitement ajusté aux contingences du réel, et vivant l’instant présent sans se poser de questions… Un modèle de vie post-moderne. Certains badauds ont du me jalouser pour ça, même, m’envier, se fantasmer à ma place… S’ils savaient. Chacun sa croix: eux ont des rêves inaccessibles, moi je n’en ai aucun. Le quidam a tendance à oublier que pour réussir, dans la vie, il faut avoir un gros trou dans l’âme.

 

Comments
  1. XP | Répondre
    • GroKonar | Répondre
  2. Le Mirliflore | Répondre
  3. intertexte | Répondre
    • hazukashi | Répondre
  4. Bimbo | Répondre
    • hazukashi | Répondre
      • Bimbo |
      • hazukashi |
  5. Klaus Toujours | Répondre
    • Bimbo | Répondre

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