Les mots n’ont pas de sens

Laurent Ruquier, Claude Bartolone et Valérie Pécresse pensent que si l’on prononce cinq fois devant sa glace le mot “race” devant son miroir Adolf Hitler apparaît dans un nuage de zyklon B pour finir le boulot. On ne peut pas leur doner tort. Déjà, dans les cours de récré françaises des années 2000, les insultes les plus puissantes et populaires étaient “nique ta mère” et “nique ta race”.

A onze ans, je me faisais régulièrement déranger dans ma lecture de l’Iliade ou ma partie de Pokémon Rouge par des camarades de classe désirant ardemment me mettre des béquilles et des steaks. Lorsqu’en guise de défense, je les invitais à aller ensemencer leur génitrice ou leur ethnie d’origine, ils avaient un instant d’absence, puis leurs visages se déformaient, et ils me rouaient de coups. C’était logique, il ne fallait pas se laisser traiter sa mère, et je savais à quoi m’attendre. Business as usual, et vae victis, dans le système carcéral de l’Educ’Nat’.

C’est lorsque c’était moi qui recevait l’insulte de leur bouche que leur comportement devenait insolite: devant mon indifférence, mes éclats de rire, mes haussements d’épaules, ma coupe au bol narquoise, voire mes réparties provocatrices dignes de Jean-Louis Costes, insinuant que ma mère, je l’avais niquée bien avant eux et que c’était moi qui passait le premier, ils tournaient carrément à l’hystérie collective. Je n’avais pas respektché le tabou, j’avais moqué le Verbe, je défiais la puissance ontologique des mots, je renversais les conventions et seule l’intervention d’un surveillant paniqué les empéchait de me mettre à mort en sautant à pieds joints sur ma gorge pour me faire jaillir les yeux des orbites.

Qu’ai-je retenu de ma scolarité, finalement ? Et bien qu’Achilles est une fiotte comparé à Hector, que Tortank est complètement cheaté, et que contrairement à 98% de la population française, je ne possède pas cette structure mentale de sorcier Vaudou sacrificateur gigotant avec d’étranges reptations du tronc autour d’un cadavre de volaille. Disons que ça ne fait pas partie des valeurs communes partagées entre moi et mes compatriotes..

Car oui, les Français, comme beaucoup d’autres Occidentaux, ont un effroyable vice: ils vénèrent le Verbe, ils pensent que les mots, c’est important, comme ces tribus de dégénérés idolâtrant des totems à l’effigie de Cthulhu dans les nouvelles de Lovecraft. “Nique ta mère” c’est la formule magique qui permet de constater que l’occidental moyen vivant en France est très très proche du bédouin à qui l’on montre une caricature du prophète.

Antonio Gramsci ne sacrifiait peut-être pas de nourrissons aux Dieux Sombres, mais c’était néanmoins un intellectuel italien dont les idées saugrenues ont eu un rôle à jouer dans la confection de cet état d’esprit de sauvage: sa théorisation du combat culturel, le fait qu’une révolution se fait aussi et surtout par les idées, l’importance de l’hégémonie culturelle pour asseoir un pouvoir politique, tout ça. Antonio Gramsci pensait qu’on pouvait modeler une nouvelle Humanité en changeant les mots et la culture. Comme tout marxiste qui se respecte, et comme tous ceux qui se targuent de connaître le Sens de l’Histoire, l’Histoire en question lui a évidemment donné tort sur toute la ligne (en lui steakant la nuque au passage).

Cette notion d’hégémonie culturelle considère que si les révolutions prédites par Marx n’ont pas eu lieu, c’est parce que la très vilaine classe capitaliste a inculqué une fausse conscience au peuple, par les médias de masse, l’école obligatoire et la culture populaire. Les ouvriers ont cédé aux sirènes de l’ascenseur social et du consumérisme plutôt que de faire la révolution ! Boljémoï ! Wikipedia nous affirme même qu’à cause de la domination culturelle du Grand Capital, ils ont embrassé un éthos individualiste de compétition et de réussite personnelle. Les salauds.

Antonio Gramsci croyait au concept de propagande, qui suppose qu’en martelant suffisamment des mots et des images, on lave efficacement les cerveaux d’une population pour mieux les retravailler par la suite. Comme le dernier des instituteurs de province, c’était un Chrétien mental persuadé qu’il y a une séparation entre le corps et l’esprit, que nous ne sommes à la naissance que des blocs de cire chaude et vierge habités par une âme aléatoire, sur lesquels il suffirait d’imprimer un carcan quelconque pour leur donner les formes de son choix… Fantasme d’allumé martyr rêvant qu’une entité cosmique injecte des fantômes au hasard dans des habitacles, et que les Hommes sont autre chose que des tas de viandes hurlant leurs gènes à la gueule du monde.

En somme, Antonio Gramsci niait le corps et la matière, et devait sans doute passer son temps libre à chuchoter à l’oreille de l’escalope fraîche achetée le matin même chez son boucher en espérant qu’elle finisse par se transformer en magret de canard.

Ce gloubiboulga de grenouille de bénitier est aujourd’hui considéré comme acquis, consciemment ou non, parmi les élites intellectuelles, les élites politiques, et à peu près tout le monde en général, dans ce putain de pays. Chaque citoyen reste persuadé que l’art, la publicité, les médias et la propagande politique manipulent tout le monde (sauf lui bien sûr, ça s’appelle le third-person effect), et que les mots sont puissants, voire dangereux. Les journalistes, les communicants politiques, les présentateurs, tout ce petit monde utilise des éléments de langage, de la morale, des tabous, toute une série de comportements verbaux et non-verbaux censés, dans la bouche de leurs contempteurs idiots, révéler une pensée unique et un politiquement correct (là encore, les contempteurs du système et autres dissidents prétendent y échapper, car ils ont vu la lumière, eux, ils ne sont pas dupes, eux..).

Et pourtant, tous ces efforts pour essayer de tordre la réalité avec des bruits de bouche restent désespérément vains. A Sciences Po, je me suis retrouvé un jour dans un amphi pour mon premier cours de communication. Il démarrait à peu près comme ceci: “Les mots n’ont pas de sens, et la publicité n’a aucune influence sur les consommateurs”.

Débunkage en règle de Frédéric Beigbeder et de son 99 Francs. Déception dans la salle. Beigbeder est persuadé d’être investi d’un grand pouvoir sur les autres, et il s’en sent coupable. Il pense avoir percé le secret de la manipulation des hommes, les ressorts psychologiques permettant de leur faire acheter des paquets de lessive, comme David Copperfield fait léviter la Tour Eiffel. Il fait partie de cette race qui pense que les gens ont des envies de sucre cafféiné irrépressibles après avoir vu une publicité Buvez Coca-Cola!, et que si par hasard, ils en achètent une canette, et bien c’est parce que lui leur aura mis cette idée dans la tête. Il pense que les Hommes sont des chiens qui bavent mécaniquement en voyant une photo. Il est évidemment persuadé lui, d’avoir compris comment ça marche, et de ne pas être manipulé, de voir le monde coté coulisses.

Beigbeder et Gramsci sont des symptômes de notre civilisation. Depuis l’avènement du monothéisme et l’invention de l’écriture, nous sommes engoncés dans un double univers métaphysique: le Verbe et l’Icône. Civilisation du texte, civilisation de l’image. Deux visions antagonistes, deux faces d’une même pièce. Deux visions hystériques tournant psychose, essayant désespérément, chacune à leur façon, de cadrer le chaos ondulant de la réalité, et faisant effectivement le bonheur de tous les psychotiques qui pullulent habituellement lors des Âges d’Angoisse.

Le Texte comme idéologie commence il y a 3000 ans, avec Abraham et les Tables de la Loi. Yahvé fabrique le monde de son souffle et de ses mots (Jean 1, 1), le Verbe devient performatif. Du monde des idées pures de Platon au communisme en passant par le Coran ou le Talmud, la divinisation des mots et la prévalence du concept sur le réel continuera jusqu’à nos jours, de la publicité aux idéologies. Des mots-outils servant à décrire la réalité, on passe aux mots-incantations la réalisant.

Nous considérons depuis que les mots ont un sens, qu’ils peuvent être tabou, etc. C’est ce genre d’idiotie qui amène à penser que lorsqu’on écoute Marylin Manson et qu’on joue à GTA V, on va aller tuer ses camarades de classe peu après, et que lorsque l’on voit une publicité dans le métro, on ira courir acheter le produit promu, dominé qu’on est par les mots et leur puissance ontologique.

Cela accouche aussi de quelques produits politiques touchants, tentatives de réinventer le monde par le pouvoir des mots, comme par exemple cette mode chez les féministes hardcore de forger de nouveaux mots, pour lutter contre le patriarcat, avec des résultats très mignons du genre “illes sont des chanteureuses, comme tout·e·s ceulles qui ont une bonne voix.

Cette sacralisation de la parole et du verbiage qui commence avec “Nique ta mère !” dans les cours de récrés (le bourrin au sang chaud et au QI de 90 doit penser que sa mère est réellement niquée, quand il entend cette phrase, je suppose) se termine donc naturellement  à l’Assemblée Nationale, dans le politique, royaume officiel des bavards, des paresseux qui piapiatent au lieu de travailler. Entre Jacques Chirac et une concierge, il y a une différence de degré, pas de nature. Les deux ont envie de vivre dans de beaux locaux à peu de frais pour continuer à commérer entre deux portes.

En bref, le verbe en tant que civilisation, ce sont des fanatiques qui s’accrochent à des phrases ou des livres, se réunissent autour et hurlent en coeur, car ils y croient y voir du sens et des symboles résonnant au plus profond de leur chair.

L’Icône elle, est bien plus ancienne, et représente le pendant opposé et complémentaire du verbe. C’est la figure traditionnelle, le totem, le rite, le règne de l’apparence et de la grimace ritualisée des enfants de Sa Majesté des Mouches vénérant leur tête de sanglier décapitée empalée sur un pieu. Là où les adorateurs du Verbe tournent autour de leurs gri-gris parce qu’ils y voient du sens, les adorateurs de l’Icône le font parce que c’est comme ça, qu’on fait comme ça.

Prévalence de la représentation sur le réel. Mythe de la caverne. Avec le Verbe, on fait exister un Réel fantasmé, avec l’Icône, il suffit de faire comme si, de symboliser, de se déguiser, pour faire exister le réel.

Les gribouillis sur les murs envisageant la réalité évolueront peu à peu en texte avec l’écriture. Mais l’Icône subsistera (de façon purement utilitariste: lorsque la majorité de la population est analphabète, c’est plus pratique de raconter la vie de Jésus en dessin), et aboutira à la société actuelle, gavée de pubs, de logos et de cartes postales, où faire semblant revient à faire. Cette société de l’image, dénuée de toute profondeur, une émission de télé réalité, que les citoyens traversent comme des touristes, de carte postale en carte postale, de pose en pose, de posture en posture, d’expérience sensorielle en expérience sensorielle, cette société où l’on fait parce que c’est à la mode de faire, pas parce qu’on met du sens dans ses actes. Les Américains, dont la culture est articulée autour de ces comportements le savent bien: il y a un fossé entre celui qui keep it real, et le fuckin’ poser.

Tout est simulacre: les films Hollywoodiens utilisent des acteurs ne correspondant pas au comportement adopté par leur rôle pour faire passer des idées idéales. Un acteur au physique néoténique et au body-language dégageant innocence et réconfort jouera le rôle d’un tueur psychopathe par exemple. Toute la pop culture est une suite de tv tropes créés par des scénaristes cokés sans envergure ni imagination. Nous avons grandi avec ça, nous décryptons la réalité avec ça. Nous pensons qu’un silencieux sur un flingue fait “tiou, tiou” quand on s’en sert, qu’une voiture explose si on tire dessus, que le petit gentil est en fait un pédophile-cannibale tandis que la grosse brute qui pourtant sue la pulsion de mort a en réalité un coeur d’or. Randomisation totale de la réalité pour surprendre le spectateur.

Ces influences et manipulations sont évidemment involontaires. Les scénaristes n’ont pas d’autres projets que de trouver un support pour y projeter leurs fantasmes idéalisés. Les pubards et politiques quant à eux, n’influencent que malgré eux, et souvent à leurs dépens. Ils ont beau être persuadés de convaincre, ils n’arrivent, dans le meilleur des cas, qu’à informer.

On débouche alors sur une société de type Rémi Gaillard: n’importe qui peut devenir n’importe quoi, et tout le monde braille. Thug life à Roubaix, gothique dans le Larzac, skateur californien à Chamonix… Chaos organique du sens.

D’un coté le texte, d’un coté l’image. D’un coté les névrosés qui plaqueront beaucoup trop de sens sur les choses avec des mots, et en feront des mantras et des symboles surchargés, et de l’autre les psychotiques de la vie ordinaire qui se contenteront de copier les images qu’ils voient parce qu’ils sont vides à l’intérieur. Voilà l’âme de notre civilisation.

Regardez, regardez bien par exemple, les résultats des régionales. Les névrosés crient partout sur internet la débauche de Sens qui les terrassent. On traite les médias d’irresponsables car ils ont fait des couvertures sur l’islam et ont “distillé un climat d’angoisse et d’insécurité dans le coeur des Français” (car c’est bien connu, les gens en ont quelque chose à foutre de ce que disent les journaux, et les 18-25 ans qui votent majoritairement FN sont tous abonnés au Point et à L’Express…), on compare le FN aux Nazis (je cherche encore le programme en 25 points d’Adolf Hitler dans les yeux de Florian Philippot, et les groupes paramilitaires matraquant la gueule des communistes dans les rues), c’est la crise d’hystérie, ça pleurniche, ça minaude, ça voit énormément d’importance dans le résultat des élections régionales de cette petite province de l’Empire qu’est la France de 2015. Et finalement, tout rentre dans l’ordre, la couche pleine est changée, jusqu’au prochain numéro.

Pendant ce temps, les psychotiques de la vie ordinaire s’en battent les couilles avec une porte de lave-vaisselle, s’aspergent d’auto-bronzant, travaillent leurs biceps en se contemplant dans leur glace, et réfléchissent simplement au prochain tatouage qu’ils se feront faire, pour ressembler exactement à Mike “The Situation” dans Jersey Shore, et disent “Ah oui oui, c’est vrai, c’est un vrai choc ces résultats.” Parce que c’est exactement ça qu’il faut dire. Ce n’est certainement pas moi qui vais les blâmer.

Antonio Gramsci, Frédéric Beigbeder et les Français en général ont oublié une chose: on ne convainc jamais personne en politique, en publicité, ni nulle part ailleurs, on peut éventuellement radicaliser quelqu’un (pour ce que cet élément de langage abscons recouvre), au grand max. Personne ne change d’idée, jamais, autrement qu’en intensité. Et surtout pas grâce à des images, ou des mots.

Souvenez de votre dernière querelle un peu échaudée, à table… Du dernier débat télévisé que vous avez subi… Ce soir ou jamais… On n’est pas couché… Vous avez déjà vu quelqu’un sortir d’une pièce après deux heures de blabla, et repartir ses arguments sous le bras, en ayant changé d’avis ? Vous avez déjà vu quelqu’un s’eclamer “Ah, mais bon sang, tu as raison ! J’étais dans l’erreur en votant pour Les Républicains, désormais je voterai Mélenchon !” Votre cousin socialiste ne votera jamais à droite, même si vous lui faisiez une démonstration mathématique sur un joli tableau noir.

Donc, soyons sérieux 5 minutes: les gens ont déjà du mal à changer d’avis devant des FAITS, alors imaginez devant une pub ou un tract…Changer d’avis, c’est une remise en cause de son ego bien trop importante, et Dieu sait comme les gens ont l’ego énorme aujourd’hui. Ils sont pas prêts du tout à recomposer leur matrice personnelle rien qu’un petit peu. C’est pour ça qu’en compensation, ils ont des réactions extrêmement outrées et indignées, lorsque leur caca se rapproche trop de leur nez, et que leur dissonance cognitive devient trop élevée. Parce que sinon, ils doivent se remettre en cause et être humbles l’espace de 10 minutes. Souvenez-vous des bouches écumantes et des babines retroussées des militants du PCF quand on a commencé à parler des camps de concentration rouges. Ils aimaient pas ça du tout qu’on fissure leur utopie de self-righteous justice warrior. Les Nazis ont fait encore mieux: ils se sont tirés des balles dans la tête en série quand ça a commencé à se voir que leur Führer infaillible avait failli (dans les ruines de Berlin en 1945, hein, ils ont mis un peu de temps avant de défongler brutalement leur ego).

On ne comprennent jamais rien comme ils faut, on cherche juste à compenser nos insécurités.  On se ment à soir-même, on prend un message, on en fait n’importe quoi. Les idées formulées à l’aide de mots et d’images ne sont que des émanations d’un corps, des choses sues personnellement depuis bien longtemps de manière plus ou moins confuse, qui se dévoilent au grand jour. Lorsqu’elles sont formulées, ces idées ne font que renforcer l’approbation ou la répulsion que l’on éprouve naturellement pour elles. Elles n’ont pas d’influence à proprement parler. Ce n’est que leur surgissement dans le monde médiatique. Un drapeau brandi n’a jamais influencé personne n’y étant pas biologiquement sensible. Ou alors jamais de la manière dont on le voudrait.

Et alors, lorsque des mots et des images sont utilisés pour exprimer des concepts vides, ils sont accueillis avec totale indifférence et dédain. Zéro influence, nada, plus rien. Prenez en exemple les phrases suivantes: Ensemble, tout devient possible. Le changement, c’est maintenant.Venez comme vous êtes. I am what I am. Vous avez compris. Concepts vides de sens, tautologies sans prises de risque ne trouvant écho dans aucun ventre, car un ventre est avant tout une prise de position dans la manière d’être au monde.

Nous ne sommes pas des penseurs restés un peu singes ; nous sommes, selon tous les éléments de la recherche anthropologique, des singes qui se sont mis à penser très récemment, et assez mal. Notre néocortex est d’ailleurs anatomiquement « greffé », tel une prothèse mammaire, sur une masse gélatineuse simiesque venant du fond des âges.

Nous sommes génétiquement conçus pour la transcendance, comme mécanisme évolutionniste de cohésion sociale, nous versons naturellement dans l’irrationnel, nous nous fabriquons des hochets, nous collons nos rêves dessus, et nous voyons des fantômes là où il n’y a que des courants d’air. Nous semblons tenir avant tout à nous agiter dans le fictif.

Cataplasmer les hommes à grands coups de mots et d’images, dans le pire des cas, ça ne crée qu’un bruit de fond, une gêne de la pensée, rien de plus. On est juste fatigué de manger les mêmes éléments de langage à longueur de journée, le même brouhaha aliénant. Un cerveau humain sera toujours trop épais pour tromper une foule d’autres cerveaux humains. Et surtout pour les manipuler mieux qu’eux-mêmes ne se manipulent. La seule personne qu’on manipule efficacement, c’est soi-même.

Aujourd’hui, un mot de travers sur un plateau télé déclenche des hululements, des exorbitations oculaires et des crises d’hystéries. La propagande ne fonctionne pas, n’a jamais fonctionné, ne fonctionnera jamais car l’humanité n’est qu’une masse hurlante, une meute dont tous les atomes réunis courent vers la tombe. Il suffit de se connecter sur Twitter pour contempler un échantillon représentatif: un long mur de visages tonitruants.

Les experts médiatiques ont beau choisir leurs phrases avec mille précautions, ils tomberont systématiquement sur une horde d’enfants s’accrochant à certains épithètes, sortis de leur contexte, comme on dit, au gré des archaïsmes de nos cerveaux reptiliens. On se retrouve instantanément au milieu d’une cour de récréation de classe de CM1. “Msieuu, y m’a traitééééé !” On en est là.

Il y a cependant un levier qui fonctionne bien sur la barbaque humaine, un seul: la pression sociale. N’oublions pas que nous sommes des animaux grégaires. Notre personnalité s’adapte en permanence au groupe, nous sommes fait pour ça. Des études démontrent que lorsque l’on reste seul et isolé trop longtemps, le cerveau se dégrade au bouts de quelques semaines, le QI baisse, on sombre dans la folie… On n’a plus d’utilité pour le développement du genetic pool. Malgré l’individualisme, pour notre cerveau, le groupe prime sur l’individu. Si tôt qu’une vaste majorité de nos semblables croient en une idée, et hop, recâblage instantané de notre matrice personnelle. Ah là, c’est sûr, plus de problème, on change d’idées comme de chemise, et on garde jamais le même avis bien longtemps, au gré du nombre de personnes le partageant. Souvenez-vous en 2005, du nombre de personnes qui se moquaient des smartphones avec écrans tactiles et des jeans slims. Regardez-les, maintenant.

Evidemment, ça demande un effort, hein. Les Hommes ont pas du tout envie de changer d’idées, ils font ça que contraints et forcés, eux ce qu’ils aiment, c’est vitrifier un concept, une chose, une personne, lui donner un sens une fois pour toute, pour ne plus avoir à y toucher, pour ne plus avoir à y penser. Mais il n’y a rien de pire que d’assujetir un sens fixe aux choses, alors que ce dernier est impossible à saisir, et qu’il y a dans le même temps beaucoup plus. Il y a une ouverture sur l’Infini dans tout mug de café, pour qui sait regarder sans la gangue de son esprit. Pour qui sait sortir du monde des idées pures et regarder l’objet comme lui vous regarde.

On vénère les mots et les images pour oublier qu’on est seul dans le noir, condamner à errer sans y voir à 5 mètres, et à alimenter sans cesse notre propre Mag-Lite conceptuelle si on veut espérer avancer un peu. Et moins on a de mots, et plus on leur accorde d’importance.

C’est pour ça, je m’amuse un peu… Les divinisateurs d’épithètes vénérateurs d’idoles et d’oripeaux, il suffit de leur murmurer les mots tabous à l’oreille pour les faire couiner. C’est bien pour ça que j’ai mentionné les mots “race” et “zyklon B” dès le début de ce texte. Pour instiller en vous un léger sentiment de malaise.

Mon propos n’est pas d’insinuer que les gens ne sont pas sensibles au images, aux mots et aux sons, mais qu’ils en font ce qu’ils veulent selon leur nature, et qu’il est impossible de prévoir quelles pourront en être les conséquences. Qu’ils se mettent à genoux de façon aléatoire. Les Hommes croient ce qui les arrangent et ils se laissent influencer de manière extrêmement sélective et complaisante, comme de petites putes.

Tout ce gros bloc de texte que je viens de pondre ne convaincra d’ailleurs personne, sinon ceux qui partageaient déjà mon point de vue, de façon consciente ou non. Et ces connards d’hystériques se mettront alors à tourner en rond en bramant parce qu’ils auront vu du sens dans mon texte, que ça leur aura parlé. Sale race.

Cela fait maintenant 5 fois que j’écris le mot “race” devant mon ordinateur, ni Adolf Hitler, ni Nadine Morano ne sont apparus pour recommencer le Reich dans ma chambre, et ce serait vous mentir si je vous disais que je ne suis pas un peu déçu.

 

Comments
  1. Terby | Répondre
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  2. Lounès | Répondre
  3. Hordalf Xyr | Répondre
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  4. TeNgY | Répondre
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  5. titi | Répondre
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  7. Terbyche Tourneur | Répondre
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  8. Klaus Toujours | Répondre
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  9. Mohamed Terbiche | Répondre
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  10. Sorcier Vaudou en sueur et aux yeux légèrement globuleux | Répondre
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  11. Klaus Toujours | Répondre
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  13. Sorcier Vaudou | Répondre
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  16. patrick bêteman | Répondre
  17. cherea | Répondre
    • Sorcier Vaudou | Répondre
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  20. XP | Répondre

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