Poèmes

Poème sans titre

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L’aube noire se lève sous le ciel ombrageux.

Mon corps s’affaisse, terrassé par un mal inconnu,

Mais mon esprit s’évade, libre et silencieux

Et fuit ce monde sale, triste et nu.

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Une sombre jungle se tortille autour de moi

Et le soleil se lève enfin, dans un triste camaïeu

De vert, orange et noir, suintant sur les cieux

Comme la gloire déchue d’un soldat sans foi.

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La fureur des combats étreint mes oreilles à demi sourdes

Et je contemple les flammes qui s’étirent,

Courroux infernal d’un immonde satyre

Qui brûle mon âme et mes bottes devenues lourdes.

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Poème sans titre

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Une peau corrosive

De coraux colorés

Garde mon coeur bien caché

Sous une surface agressive.

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Comme un coffre pourri

A jamais englouti,

Je marine chez les poissons

Jusqu’à en perdre la raison.

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Un jour le cèdre cédera

Et je garde un léger espoir

D’être broyé par les eaux noires

Comme le raisin devenu muscat.

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Poème sans titre

Les Dieux l’ont créé, ils sont cruels.

Cet affreux golem de chair,

Paria dans une société vulgaire,

Cache sa difformité derrière un mur de fiel.

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La beauté, immonde concept

Créé par des gens ineptes

Détruit les purs et les précieux,

Et élève aux Cieux

Des monstres odieux.

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Heureusement ils sont creux

Et mourront sans comprendre,

Mais ignoblement heureux.

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Langueur Hivernale

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La froide beauté de l’Hiver

M’embrasse de ses bras de pierre,

Une aumône faite aux Dieux obscurs

Pour que le sommeil à jamais ne dure.

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Les flocons cristallins volent et vivent,

Berceaux de milles mondes minuscules,

S’unissent dans un tableau d’humeur maladive,

Recouvrent le sol d’un joli drap de tulle.

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L’Hiver où même la Mort est en sommeil,

Où les vagabonds glacés sont éternels,

Mais Morphée ne dort pas, il tend ses bras de miel,

On les retrouvera crevés, le nez pris par le gel.

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Carthage (poème pour Salammbô)

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Carthage n’est plus, mais Moloch est là.

Le dévoreur d’enfants au ventre enflammé

Écrase les Hommes comme des cancrelats.

Ô Dieu païen aujourd’hui encensé.

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Carthage n’est plus, le désert a gagné.

Le néant et le sable recouvrent la terre

Hier fertile, maintenant morte et brûlée.

Les Gorgones ont changé l’Homme en pierre.

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Carthage n’est plus, mais je suis heureux.

La société, minuscule fourmilière,

Éclate à présent, éclate d’un enfer

Ordonné par des Dieux maigres et filandreux.

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