Rockstar

Aujourd’hui cela fait 22 ans que Kurt Cobain s’est collé une pastille dans le bec, et je vais tenter de vous démontrer avec des mots simples que c’est parce qu’il avait choisi le mauvais type de guitare électrique. Mais avant ça, laissez-moi vous parler 5 minutes de cet instrument et de ses bienfaits.

La guitare électrique est un morceau de bois électrifié de taille moyenne qui possède l’avantage de faire de vous quelqu’un de cool automatiquement. Mieux que ça, elle fait de vous un homme.

Nous sommes en 2016, et aujourd’hui, la seule chose qui accorde une certaine crédibilité artistique de ce coté-ci du onzième arrondissement de Paris, c’est d’avoir un clavier Korg et un drum pad. ll faut être un artiste électro. Le monde s’esbaudit devant ces skinny-fat aux bras maigres et aux ventres gras, avec des trous dans les oreilles là où il faut mettre des écarteurs, des tatouages d’étoiles et des t-shirts COS. Ces types faux incapables de mettre leurs tripes en jeu, obligés de mettre plein de lumières qui clignotent sur scène lorsqu’ils “jouent” tellement ils ne dégagent rien en tant qu’êtres humains lors d’un live. Regarder un DJ mixer est la chose la plus ennuyeuse qui soit, et c’est pour ça que tout le monde se pécho sous MD pour passer le temps devant un set. Être un artiste électro ne fera jamais de vous un homme.

Par contre, si vous branchez une Stratocaster sur un ampli à lampes grincheux, vous aurez l’air d’un barde intemporel à la fois sensible et violent, un type qui tient le bourbon, un ange déchu dont les doigts sont capables de hurler la vie dans tout ce qu’elle a de sublime et de sordide, et ce que vous soyez dans votre chambre, dans le métro, ou dans un stade. Vous aurez l’air d’un musicien.

Une guitare électrique peut faire passer un héroïnomane de 45 kilogrammes montant sur scène en nuisette pour un jusqu’auboutiste à la volonté d’airain. S’accrocher ce symbole phallique autour du cou suffit à transformer notre blondinette pleurnicheuse préférée en leader générationnel qu’on suivrait jusqu’en Enfer. Vous feriez ça pour Surkin ou Para One, vous ? Bon.

Fin de la parenthèse, retour à la démonstration. Kurt Cobain, donc. Né le 20 février 1967, Poissons ascendant Vierge. Depuis ce jour de collège mémorable où je me suis pris Nevermind dans la tronche, directement depuis mon discman, j’ai greffé pas mal de mes obsessions sur sa figure héroïque… Né pile vingt ans plus tard, je m’identifiais comme beaucoup d’autres énormément à sa trame de vie… Etant moi-même un maigrichon effeminé, maladif, babtou fragile ultime passant ses journées à se faire traiter de pédé, impression d’isolation absolue, paire de Converse aux pieds,  jean’s troués, amour pour les drogues déréalisantes et les guitares distordues, envie de crier et de se faire mal… C’était pas trop difficile… Ça a duré longtemps ces bêtises… en 2011, à 24 ans, je me disais « Tiens à cet âge, Nirvana sortait Nevermind… », en 2013, à 26 ans « Tiens, à cet âge, j’aurais pu sortir mon In Utero » … Je n’étais toujours rien, et je commençais à avoir un peu la pression… Puis j’ai eu 27 ans. Âge fatidique, j’ai suicidé mon adolescence, je me suis enfin libéré de ce fantôme, j’ai décidé de marcher dans la boue du monde des adultes, et maintenant, lorsque je regarde un live de Nirvana, je ne vois plus un modèle, mais juste un garçon plus jeune que moi et qui n’a pas l’air d’aller très bien. Et, je me suis aperçu que les raisons d’un mal-être existentielle pouvant vous emporter dans la tombe peuvent être dues à de minuscules choix de lifestyle… J’ai fouillé un peu la biographie de ce jeune garçon, et j’ai trouvé plusieurs choses.

En 1994, après plusieurs tentatives pour décrocher, Kurt Cobain s’échappe d’un énième centre de désintox, se planque dans la serre de son manoir, et s’administre un bain de bouche au calibre 12. Son addiction à l’héroïne, il l’a développée à la fin de l’adolescence. Il a expliqué dans plusieurs interviews, ainsi que son journal intime, que les opiacés l’aidaient à calmer d’atroces douleurs d’estomac, et qu’il s’en servait donc pour s’automédiquer, ce qui explique sans doute pourquoi il était rockstar et pas médecin.

Ces douleurs d’estomac se manifestaient sous la forme de brûlures insoutenables qui lui faisaient roter du sang et de la bile, se rouler par terre, et déchirer ses draps en pleine nuit. Ces symptômes ont inspiré son art dans son ensemble, de ses riffs tenaillés par l’anxiété, à ses collages de croquis anatomiques et ses paroles traversant les champs lexicaux du domaine médical et de l’envie de vomir.

En 1993, un des nombreux médecins qu’il a consulté au cours de sa vie a fini par pouvoir établir un diagnostic: un nerf pincé dans sa colonne vertébrale. N’importe quel ostéopathe digne de ce nom vous expliquera bien mieux que moi que les terminaisons nerveuses des organes remontent dans la colonne vertébrale, et qu’un simple mal de dos entraîne généralement un ventre en vrac. En occurrence, Mr. Love avait plus qu’un mal de dos, il avait une scoliose, une torsion de la colonne vertébrale sur le coté droit.

Revenons quelques années en arrière. A quatorze ans, Kurt a commencé la  guitare, et comme il était gaucher (engeance du démon !), il a eu le choix entre la jouer en gaucher ou en droitier. En effet, il faut savoir à ce propos que jouer de la guitare en gaucher est horriblement chiant et contraignant, et que la plupart des gauchers choisissent de jouer en droitier. Kurt, qui n’aime la vie qu’en mode hardcore, a évidemment choisi de jouer en gaucher…

C’était le pire choix de vie qu’il pouvait faire (à part son mariage), pour la bonne raison qu’une guitare, c’est lourd. Et quand on est gaucher, on la porte sur l’épaule droite. Après plusieurs milliers d’heures de pratique, de répétitions, de concerts, d’enregistrements, la scoliose de Cobain n’a fait que s’aggraver, son dos se tordant progressivement dans la mauvaise direction. Ce qui, après dix ans de ce régime, entraînera des problèmes d’estomacs chroniques et intolérables, qui entraîneront une addiction à l’héroïne, qui entraînera un état dépressif grave, qui entraînera la mort.

Ironiquement, si Cobain avait choisi le modèle droitier, sa scoliose se serait peu à peu corrigée avec le temps. Il aurait pu même mener une vie longue et heureuse s’il avait choisi de faire du xylophone ou du basson.

J’ai moi aussi une scoliose, et moi aussi, je penche à droite. Mais moi, je suis droitier, et ma Stratocaster pèse donc sur mon épaule gauche. Et je suis allé voir un kinésithérapeute, aussi. Et je ne suis pas un redneck du fin fond d’Aberdeen. J’aurais pu être une rockstar et mourir en pleine gloire. Mais je vis en 2016, et vous et moi savons que je ne peux que me faire tatouer des étoiles sur le bras, me faire écarter les oreilles et acquérir un drum pad

 

 

kurt cobain suicide

Comments
  1. Babtou Fragile | Répondre
    • hazukashi | Répondre
      • Babtou Fragile |
  2. Babtou Fragile | Répondre
    • hazukashi | Répondre
      • Babtou Fragile |
  3. Don Esteban | Répondre
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  4. Klaus Toujours | Répondre
    • hazukashi | Répondre
    • Babtou Fragile | Répondre
      • SO_KO |
  5. Le mélomane du Dimanche | Répondre

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