Sombre, sombre triade…

Les filles aiment les psychopathes. C’est comme ça. Elles arriveront toujours à déceler un cœur d’or ou une âme blessée au fond du premier bourrin venu. Le jour où j’ai arrêté les poèmes pour me mettre aux bordées d’injures, j’ai pu enfin commencer à baiser. Je ne les blâme pas. De mon côté, je perd mon cerveau devant la première paire de seins/fesses qui gigote. Chacun fait comme il peut.

Oui, je sais, ce ne sont rien que des généralités… Bien sûr qu’il y a des gens différents, un peu partout… Je vous parle de grandes tendances, d’instincts collectifs, et direct vous particularisez… laissez-moi deux minutes, je vais vous expliquer depuis le début…

C’est encore une soirée sans réelle justification. Aux alentours du métro Stalingrad, ou Bastille, je ne sais plus… une “soirée électro”, une énième. Du bruit. De la bière sur le sol. On ne voit plus le bar à cause de la queue. Dans la pièce d’à coté un DJ set. Je dompte tout doucement ma nervosité en accumulant les verres de planteur. Faune locale: la vingtaine bien entamée, beaucoup de lunettes rondes ou carrées, beaucoup de crânes rasés sur les cotés, beaucoup de tatouages ringards dans 10 ans, beaucoup de verres d’eau dans lesquels se dissolvent lentement des cristaux de MDMA. Voilà pour le décor.

Court interlude: une analyse de Michel Houellebecq.

“ Le but de la fête est de nous faire oublier que nous sommes solitaires, misérables et promis à la mort. Autrement dit, de nous transformer en animaux. C’est pourquoi le primitif a un sens de la fête très développé. Une bonne flambée de plantes hallucinogènes, trois tambourins, et le tour est joué: un rien l’amuse. A l’opposé, l’Occidental moyen n’aboutit à une extase insuffisante qu’à l’issue de raves interminables dont il ressort sourd et drogué: il n’a pas du tout le sens de la fête. Profondément conscient de lui-même, radicalement étranger aux autres, terrorisé par l’idée de la mort, il est bien incapable d’accéder à une quelconque fusion. Cependant, il s’obstine. La perte de sa condition animale l’attriste, il en conçoit honte et dépit ; il aimerait être un fêtard, ou du moins passer pour tel. Il est dans une sale situation.”

Je suis dans une sale situation. L’obsession du cool, ancrée en moi après des années de brimades et de rejets, infiltre toute ma personnalité, me condamnant à errer sans but dans un purgatoire de poseurs. Rejeté et honni par tous à tout âge, essuyant mollards dans tous les milieux sociaux où j’ai un jour mis les pieds, contaminé par un esprit de revanche invasif, je ressens comme qui dirait un léger manque social.

Malgré tout, maintenant qu’être un geek est devenu tendance, je peux m’incruster discrètement, je fais illusion, en sous-marin, parmi toute une faune nocturne et interlope de désaxés hypes, qui s’ils étaient sobres m’auraient méprisé non sans raison. Rassurez-vous, le mépris est réciproque, mais je peux pas m’empêcher de les coller, il me faut trasher ma vie dès que je le peux, ça me démange, ça gratte, il faut absolument que je pique une tête dans le seau de merde, que je baigne dans les bas-fonds, que je me mette dans des états seconds pour mieux descendre vers le tiers-état… J’en aurais croisé, des dysfonctionnels. J’ai beau être du genre anxieux et propre sur moi, je prends plaisir à évoluer parmi les drogués, artistes sans oeuvres, sociopathes de la vie ordinaire, publicitaires sans âmes, marginaux, intermittents de toute sortes, à écumer les égouts humains… Je régénère lorsque les gens s’abîment autour de moi. Que voulez-vous, je suis un poète, et être poète aujourd’hui consiste surtout à n’avoir aucune gratitude pour la vie et à se complaire dans des problèmes puérils auto-infligés. J’attire à moi tous les perdus, les bizarres, aimant à paumés, petit berger des âmes damnées, dans un masochisme raffiné. Je ne suis au fond qu’un homme cherchant son Golgotha, et quelqu’un pour accepter de me clouer enfin sur ma croix, couronne d’épines bien enfoncée sur la tête.

L’électro lancinante et hypnotique qui m’envelope est la bande-son adéquate pour une époque dénuée de sens et de raison. Une longue transe hébétée et répétitive au cœur de la nuit. Le bal musette qui servait à pécho dans les années 50 s’est aujourd’hui mué en expérience chamanique factice et reconstituée. Des gens se regroupent, se droguent, s’isolent dans le brouhaha obscur, exilés au fond d’eux-mêmes, s’aplanissent le cerveau, parfois couchent ensemble, souvent restent seuls. Le triste exutoire, qui n’attirait que des freaks raveurs punks-à-chiens sous ecstasy dans les années 90 est aujourd’hui devenu le summum de la hype dans toutes les capitales européennes. Le passage hebdomadaire obligatoire pour évacuer la terreur existentielle. Ma génération fantasme la sortie de son corps et de ce monde tous les samedis soir.

Mes yeux jaunis par le rhum scannent le dancefloor d’un air mou. De jeunes gens aux physiques avatageux, aux styles complexes et recherchés, se débattent. Pauvre Hazukashi, toujours à se lamenter, minable créature de chair incapable de vivre le moment présent sans être dévoré d’interrogations angoissées et de conclusions déplaisantes…

Allez, prend ton courage à deux mains, vas-y, dans la fosse, en plein sur la ligne de front, en close-combat avec le réel. Je décide donc de me joindre à eux, m’immisçant parmi les jolies filles qui me font si mal et les beaux gosses qui me font si moche. Au coeur du Pandémonium, bien au chaud serré dans l’obscurité et la foule, je mets mon corps en mode “mouvement de danse minimal, un peu raide, et automatisé sur une patterne de quatre temps” et je réfléchis. Tous ces corps souples à la gestuelle agile. Comparé à eux, à leur aisance sociale, j’évolue sous l’eau, en apnée, lourd et pataud scaphandrier.

Evaluons donc mes chances pour ce soir, tiens. N’ayant pas un visage symétrique ni une communication corporelle suffisamment masculine, mon sperme est globalement de valeur nulle. Me restent donc les capacités verbales et le statut social comme mécaniques érotiques compensatoires. Les capacités verbales on oublie, il y a trop de bruit, et mes talents de tribun ne paraîtraient séduisants que dans un cabinet notarial de province. Le statut social, je ne préfère même pas en parler. Bien, sans vouloir jouer les briseurs d’ambiance, ça m’a l’air mal barré pour ma pomme tonight. Tout en gigotant par saccades, j’éprouve un soudain sentiment de légerté. J’ai admis mon statut de spectateur, et il me convient. J’ai abandonné la lutte, et avec elle, la souffrance. J’ai quitté le ring avec le soulagement un peu amer de celui qui peut enfin passer à autre chose. Ayant parfaitement intégré la débâcle de mon entrée sur le marché de l’amour, ayant entériné la futilité de mon existence, je suis aussi serein qu’un moine népalais, je prends conscience de n’être rien, et plus aucun enjeu ne me concerne réellement. Le bonheur se trouve juste au bout du nihilisme.

Sortir fait souffrir et frustre, rester chez soi déprime et sonne comme un aveu de défaite… Toutes ces soirées passées dans l’angoisse et l’insatisfaction avant de rentrer seul et ivre, se faire arnaquer 20 € de taxi, se morfondre dans son lit en attendant dimanche… Vraiment, une existence purement contemplative est préférable.

Il ya quelque chose de profondément flingué dans les lois de l’attraction savez-vous? Ce sont des lois cruelles et totalitaires au possible. On juge les autres sur des critères parfaitement arbitraires, et il est tout à fait normal, lorsque l’on rompt avec quelqu’un, de piétiner son coeur, et de le laisser pourrir dans sa misère. En amour, il est socialement admis de commettre des actes considérés comme répugnants dans n’importe quel autre contexte. On peut left-swapper sur Tinder tous les noirs qu’on croise ou annoncer sur son profil “je ne suis pas raciste mais pas de blacks svp hihihi”, on peut réduire quelqu’un à néant, à 2 ans de dépression, sans être jugé par la suite. On peut inciter quelqu’un à se rouler à vos pieds à perdre toute dignité OKLM. Détruire un être humain est normal en amour. Tout le monde en bouffe de ce fascisme-là, le plus pur, le plus inégalitaire et le plus inaltérable, celui de la Beauté. Ils auront beau être écologistes, antispécistes, féministes, progressistes au dernier degré, tout le monde croquera quand même le fruit à pleines dents, tout le monde s’aplatira devant le khárisma dégagé par certains élus. Il suffit de contempler les contempler… de voir comment le commun des mortels met automatiquement genou à terre devant eux, vassalisation instantanée, en espérant qu’un peu de leur gloire leur rejaillissent dessus.

La Nature a baclé le boulot. Des années de sélection naturelle, de hasards évolutifs ont laissé pas mal de défauts dans notre mode de reproduction. Ce qui ne devrait être qu’un mécanisme anodin, comme se nourrir ou faire caca, s’est transformé en jeu tellement compliqué qu’il a inspiré genre 70% de l’art occidental. Nos comportements nuptiaux sont si dysfonctionnels que nous en sommes réduits à chanter des chansons, faire des peintures ou écrire des romans à la gloire d’un simple mécanisme physiologique !  La nature n’est jamais parfaitement optimisée, elle survit comme elle peut, à la manière d’une plante un peu tordue réussissant malgré tout à pousser au milieu du béton. M’est d’avis qu’une race dont la femelle a 50% de chances d’y rester juste en accouchant, dont les organes génitaux ne sont même capables d’assumer leur fonction première sans risquer de tuer leur propriétaire ne mérite pas d’avoir évolué jusqu’à Justin Bieber.

Elle doit être bien forte et vaillante notre pulsion de vie, cet espoir instinctif de toutes nos cellules, pour nous pousser, malgré tous nos défauts physiques et psychologiques, à tous les efforts concevables pour séduire, un peu, pour avoir un peu d’affection, pour avoir une chance de rester dans le grand genetic pool de l’humanité.

On ne peut qu’accepter la violence intrinsèque des relations amoureuses. On arrive déjà pas à changer la société, comment peut on penser un seul instant qu’on va changer notre mode de sélection nuptiale ? La nature est amorale, on a tendance à l’oublier. Les gens sont toujours un peu surpris lorsqu’en allumant la télé ils voient une bande de lionnes isoler un zèbre, le blesser, puis le dévorer vivant, avant de laisser aux vautours les parties peu intéressantes.

L’hypocrisie du romantisme n’a pu naître qu’au XIXème siècle, dans des pays d’Europe du Nord sexuellement réprimés. On parle d’amour quand on n’a pas la possibilité de tringler. Sans plus. Notre société est aujourd’hui plus honnête. En tout cas, ce soir, je ne plairais à aucune fille, et je me sens frais et libre comme un moine Tibétain aspergé de Narta, rien que d’y songer, totalement maître de moi-même, au-dessus des contingences, un truc du genre…

Je reprends conscience de moi-même et de mes gesticulations ridicules lorsqu’une brunette vient soudain coller ses fesses tout contre mon ventre. Montée d’adrénaline immédiate, seau d’eau glacée sur mon âme, joues brûlantes et rouges, diminution de l’afflux sanguin dans toutes les extrémités du corps, parties génitales exceptées. Visage arrogant de parisienne, corps sec, petite poitrine ferme, Van’s Authentic noires, jean brut APC, haut sans manche à col claudine qu’il me semble avoir aperçu en vitrine chez Maje la semaine dernière, frange. L’air inculte et décérébrée, doit être au choix D.A. freelance ou chargée de R.P. Elle sent Opium d’YSL. Tout à fait mon genre. Un peu trop mon genre. Nuque tatouée, nez percé, corps marqué. L’air d’en avoir trop vu, trop jeune. J’aime bien ce genre de rude girls, femmes fatales à l’air sombre, habillées de sombre, à la coiffure sombre, totalement perdues tout en ayant l’air savoir parfaitement où elles vont. Depuis ma plus tendre enfance, impossible de savoir pourquoi.

Fun fact: les relations, même toxiques, nous rendent accro suivant des mécaniques très similaires à l’addiction à la cocaïne et aux jeux de hasard, principalement par le contact des corps. En couchant avec une fille (ou un garçon) avec qui c’est charnellement efficace, même si elle est méprisable humainement par ailleurs, votre cerveau va commencer à distiller de l’ocytocine qui finira par vous rapprocher d’elle émotionnellement, rendre sa présence plus intense. Vous finirez par vous suprendre à trouver des aspects positifs à une personnalité pourtant nocive. Son comportement ambigu et instable, l’alternance constante entre distance froide et affection, le push/pull perpétuel fera la même chose avec l’adrénaline et la dopamine: vous ressentirez du stress, de l’insécurité, une peur de l’abandon, chaque nuit avec elle pourrait être la dernière, et ça générera de l’adrénaline, qui aura un effet anti-dépresseur, qui vous fera ressentir un manque. Ocytocine + adrénaline. Amour et violence. Du speedball hormonal. Le mélange insécurité/intimité physique va vous rendre addict à ce cocktail chimique, et vous ne serez plus capable de faire la différence entre la peur et le plaisir, de toute façon entremêlés. Vous allez même chercher activement cette situation d’inconfort objectif tellement le boost endorphinique est fort.

Bref. Je suis le mouvement que la fille a initié, et entre dans sa farandole idiote, en tentant de masquer les effets de mon système nerveux qui s’effondre juste sous ma peau. Je mets mes mains sur ses hanches, elle plaque sa main gauche sur mon entrejambe, je caresse ses cuisses, elle lève la tête pour me dévoiler sa gorge, je plonge dans son cou, elle me sourit, je respire ses cheveux, on joue à ce petit jeu pendant 5 bonnes minutes, ou une éternité, je ne sais plus, puis je décide de prendre sa bouche et de l’embrasser…

Elle se retourne alors, se dégage et recule, me jette un regard terrible, interloqué, offusqué, elle est suffoquante presque, comme si je venais d’égorger un chaton ou de tenir un propos raciste. Elle se perd immédiatement dans la foule, sans une explication. Me voilà tout seul. Verdâtre, tremblotant et poings serrés, je retourne illico au bar pour un remontant. C’est l’angoisse totale. C’est marrant, j’ai vécu ça toute ma vie, et pourtant on ne s’habitue jamais. Pour nous autres, chevaliers des temps post-modernes, ce sont les princesses qui nous sauvent…Mais elles sont aussi sans pitié, et leur jugement est définitif.

Les relations amoureuses sont intrinsèquement pourries, radote-je en éclusant du planteur, depuis qu’au fond de la soupe primordiale, ces salopes de cellules femelles ont décidé d’un coup de fabriquer des cellules mâles pour se reproduire. C’est la seule raison qui fait que des mâles existent dans ce coin de l’univers: c’était plus pratique pour les filles d’avoir un réservoir à gènes externe. Et depuis que nous avons laissé tombé la parthénogénèse pour la reproduction sexuée, nos existences sont finalement assez merdiques.

Le monde est donc originellement se sexe féminin, Courbet s’est pas trompé, et les femmes ont toujours possédé la planète, même du fond de leurs cuisines. Les garçons n’ont jamais fait que s’entretuer dans les caniveaux pour obtenir leurs faveurs, de Jules César à Jean-Mouloude. Le règne du patriarcat n’est qu’un court bug dans la matrice.

Les hommes sont des violeurs en puissance, des brutes alcooliques et violentes incapable de gérer leurs émotions, remplissant les prisons, les asiles et les cimetières, on est tous d’accord là-dessus, mais les femmes elles, n’ont pas d’âme. La femme émotive est le mythe le plus tenace du monde occidental. Au fond de chaque vagin il y a un plan épargne/logement. Leurs sentiments sont parfaitement contrôlés et calibrés dans un style mimétique sur ce qu’elles ont vu dans n’importe quel soap opera.

On a tort de les penser sensibles et irrationnelles. Ce sont les créatures les plus froides et calculatrices à avoir jamais arpenté cette dimension. On les reconnaît dès le début, les filles qui prennent leurs notes en cours en surlignant leurs titres et sous titres de trois couleurs différentes, bien méthodiquement. Qui gèrent leur existence, leur vie amoureuse  et leurs enfants comme leur scolarité, laborieusement et sans génie, comme on gère une entreprise de services. “Comment j’ai sauvé mon couple avec une pipe hebdomadaire entre 19h20 et 19h40.”  Peut-on lire dans les magazines féminins aujourd’hui. Conséquence finale d’une génération de filles à surligneurs. Voyage au bout du Stabilo.

Dans quelques millénaires, à la fin du Califat Mondial, lorsque les femmes retrouveront leur pouvoir absolu sur la Terre, le monde ressemblera à une administration de province à l’acronyme douteux.

Les filles aiment les psychopathes, voilà. C’était ça le propos de départ, je vous prie de bien vouloir m’excuser, on m’a distrait… Je ne parle que de tendances lourdes hein. Evidemment qu’au gré des gènes, des hormones et de l’éducation, certaines femmes aiment d’autres types d’hommes, ou même pas d’hommes du tout… Les femmes sont attirées par bien des choses différentes, mais quand même, il y a un dénominateur commun… Je n’en connais aucune qui soit tout à fait insensible à l’arrogance… Elles finiront par se dire “Mais quel connard celui-là”, et alors vous aurez presque gagné. Elles sont encore plus attirées que vous par les relations toxiques. Le désir d’être salopée court au fond de beaucoup de femmes, comme celui de dominer brutalement court au fond de beaucoup d’hommes. Mécanismes de séductions archaïques et stupides.

Mais quelle relation n’est pas toxique au fond ? Je ne suis pas sûr et certain que notre système de relations amoureuses ait été conçu pour nous faire éprouver du plaisir ou de la satisfaction, j’ai plutôt l’impression que tout ceci n’est fait que pour nous permettre d’assouvir des instincts brutaux et amoraux. Dixit Schopenhauer ma gueule, l’amour n’est qu’une ruse de la nature pour nous inciter à nous reproduire.

Les rapports humains ne connaissent et ne connaîtront jamais l’égalité. On est à divers degré, soit dominant, soit dominé. Il y a les personnes facile à séduire, qui vous ennuient, et les personnes difficiles à séduire, qui vous excitent. Il y a les personnes qui vous impressionnent, qui vous excitent, et les personnes que vous impressionnez, qui vous ennuient. Rien de plus.

Nous sommes prisonniers d’un jeu extrêmement cruel (et qui n’a rien à voir avec le libéralisme, contrairement à ce que dit Houellebecq), qui est simplement le dernier reflet de notre coté naturel. Nous nous séduisons de façon amorale, brutale, impitoyable, comme les autres mammifères dans les documentaires.

Les femmes mettent plus de temps que les hommes à atteindre l’orgasme car elles sont conçues pour se faire passer dessus par plusieurs hommes, afin de recevoir plusieurs types de sperme différents, afin de les mettre en compétition pour s’assurer que le spermatozoïde qui fécondra l’ovule soit bien le plus sain. Les cris des femmes pendant la pénétration ne sont qu’un appel sensé exciter les hommes qui passeront après. Le pénis de l’Homme est le seul du règne animal à ne pas avoir de pointes, et à disposer de cette forme arrondie, car il sert de piston permettant d’évacuer le sperme des autres hommes. Le pénis est sensible et peu enclin au plaisir après l’éjaculation pour éviter de repénétrer la femme tout de suite, et de faire ressortir son propre sperme. Le voilà le romantisme.

Je ne prétends pas faire mieux, avoir une idée plus belle ou plus haute que ce qui est dans les faits. Je prends fidèlement part à cette ronde un peu tragique, car je suis le produit de mes gènes et de mes hormones, comme tout le monde.

Le sexe est le dernier espace de nature, dans notre monde domestiqué, indifférencié. Nous passons notre journée à être policés et tolérants, et par conséquent la nuit n’en est que plus sale. Nous surjouons nos rôles naturels de façon grotesque… c’est carrément le retour au Néolithique… Aucune fille croisée qui ne m’ait demandé d’être violent avec elle au lit. Elles se sentent humides devant tout ce qui ressemble de près ou de loin à un tueur en série. C’est ce qu’on appelle la Sombre Triade: narcissisme, sociopathie, machiavélisme (le sadisme et la personnalité borderline sont parfois ajoutés à la recette pour plus de saveur).

Un égocentrique dénué d’empathie et d’éthique, manipulateur et violent devient automatiquement plus attirant que les autres garçons aux yeux des filles.  Attendez, il y a mieux: ceux qui disposent de ces traits sont bien plus susceptibles de consommer des drogues (fumer et boire rend aussi attirant), sont plus impulsifs, n’envisagent que le court-terme, et ont en moyenne beaucoup plus de partenaires sexuels, plus de coups d’un soir, et n’hésitent pas à convoiter les partenaires de leurs voisins. Tout ça ne les rend que plus désirables. Ils ont l’air plus beaux et charismatiques. Leur existence n’est qu’une fast life opportuniste  en mode YOLO. C’est comme ça, c’est la nature, c’est bien fait.

Je suis juste jaloux au fond. Mais j’ai bien taffé. Moi qui suis une vraie viktchime, une viktchime biologique, soumis à un darwinisme implacable encore renforcé par mes grands yeux clairs, mes manières féminines et mes traits néoténiques, moi qui ai toujours fait partie de ceux qui s’excusent, de ceux qui ont honte, depuis les moments collégiens où l’on shootait dans mon sac jusqu’aux humiliations de l’âge adulte, détesté par les hommes, pris en pitié par les femmes, mouton noir intégral émissarisé, j’ai réussi par mimétisme à faire un peu semblant, de loin. En jouant avec mon égocentrisme et mon dégoût du monde en général, j’ai appris moi aussi à rabaisser les personnes du sexe opposé. So what, devenir quelqu’un que je méprise correspond bien à mon absence d’amour-propre…

Mais alors Jamie, pourquoi donc un air dangereux est-il considéré comme un trait masculin et attirant ? Et bien c’est simple. C’est la stratégie r/K, gros. Pour faire des enfants viables, une femme a deux solutions:

Soit on va chercher la quantité (“r”), en tentant de maximiser les chances de survie de sa progéniture en faisant beaucoup d’enfants avec beaucoup de partenaires différents. On investit peu dans l’éducation et la protection de ses enfants, on part du principe que beaucoup risquent de mourir, et on multiplie les patrimoines génétiques pour que sur le tas, au moins un donne des enfants forts.

Un psychopathe, agressif et dominateur, est en mode “r”, mais est également intéressant comme partenaire pour une stratégie à court terme de ce genre, car il donnera des enfants proposant ces mêmes traits, et donc à même de survivre dans la nature (en découpant des jeunes femmes à la scie après avoir tracé des pentacles sur le sol, je suppose…). La stratégie “r” se retrouve surtout dans les milieux et éco-systèmes instables, aux climats chauds et offrant beaucoup de ressources: le sentiment d’insécurité et la nourriture à profusion fait qu’on se fout un peu de ce que font ses gosses, et qu’on préfère copuler.

Ces traits se retrouvent en Occident chez les individus ayant connu une enfance marquée par l’instabilité. L’environnement et les hormones vont activer un instinct tendant vers une stratégie “r”.

Soit on va chercher la qualité (“K”), en investissant beaucoup en matière d’affection, de protection et d’éducation sur un seul enfant, pour lui donner un maximum de chances de survie. On trouve ce genre de stratégie dans les milieux stables avec peu de ressources, souvent dans des zones de climat froid où il est impossible de passer un hiver avec cinq gosses à nourrir.

On favorise ici le long-terme, et on choisit un partenaire avec soin, qui sera aura des traits montrant qu’il est capable d’élever et de protéger un enfant. Des gens humbles, rationnels et laborieux.

Bon, vous voyez où je veux en venir… On a d’un coté les douchebags en mode YOLO qui se tapent des pouffes en manque d’attention pour les transformer en mères célibataires, et de l’autre des geeks maigrichons qui terminent leur vie avec des grosses maternantes. C’est beau la diversité humaine, finalement, tout le monde finit par trouver chaussure à son pied.

Autour de moi, tout le monde a l’air en stratégie “r”, où en absence totale de stratégie, suivant les doses de drogues circulant des les veines alentours. La vision de ces corps en perpétuelle demande, ce marché aux viandes brutal et absurde, dans un monde déjà suffisamment brutal et absurde, une sensation soudaine gonfle en moi, que même dans des lieux de détente et d’oubli, surtout dans ces lieux, la brutalité et l’absurdité vous pourchassent sans répit aucun.
La misère humaine éclatante, bien apprétée, bien maquillée, mais quand même bien présente… Si Dieu existait je le ferais moi-même descendre des ses cieux, pour lui fracasser le crâne à coups de marteau et lui frotter le visage sur les trottoirs de toutes les rues de cette infâme ville… Je m’aperçois que je suis en train de mâchonner violemment la paille de mon punch. T’es tout crispé mon gars, détends-toi, c’est le week-end. T’es là pour t’amuser Morray, pas vrai ?

Mieux vaut recommander un verre, tiens. On n’est pas là pour enfiler des perles. De toute façon, un peu plus loin, la brunette de tout à l’heure se fait attraper par un hipster. En amour, à la Rotonde, au Rex, au Weather Festival, dans n’importe quel café, au collège, sur Adopteunmec, dans les rallyes cathos, c’est exactement la même chose. Vae victis, ma gueule. Pas de pitié pour les faibles, pas de repos pour les braves. A moins que…

Je me dirige vers le fumoir-terrasse. Seul endroit où il est possible de faire quelques phrases tout en régulant sa pulsion de mort. Un peu d’air frais. En scrollant machinalement ma timeline Facebook, je tombe sur un article de Vice. La génération Y a beaucoup moins de relations sexuelles que les générations précédentes au même âge, et c’est tant mieux. Tinder a fait plus pour l’abstinence que toutes religions du monde réunies. Nous devenons Japonais (au Japon, plus de 50% des 18-25 ans ne se dit pas intéressé par les relations sexuelles), c’est à dire que nous devenons civilisés. Lueur d’espoir. Un éclair dans ma tête, tout commence à s’organiser.

Il est temps de libéraliser le despotisme des relations sexuelles. Le sexe est la dernière zone de non-droit entièrement naturelle de l’humanité. Et par définition, comme disait Baudelaire, tout ce qui est naturel est une saloperie. La massification de YouPorn et des sex toys ont certes un peu assaini un état de fait déplorable en virtualisant la chose, mais quand même, il reste encore beaucoup à faire.

J’attends avec impatience la GPA, les designer babies, les nanotechnologies et les politiques massives d’eugénisme. La suppression progressive des traits physiques et cognitifs peu attirants sexuellement, la séparation totale de la reproduction et de la sexualité, nous permettrait enfin d’atteindre une certaine paix du slip comme dit Luchini.

Nous avons aujourd’hui un hybride Attila/Tamerlan/Hitler, nommé libido (meilleur point Godwin ever, au passage. La libido C’EST HITLER ouais ouais), assis sur son trône, favorisant les beaux, écrasant les faibles, condamnant tout le monde aux affres des lois de l’attraction. Il est grand temps d’instaurer de l’État de Droit dans cette tyrannie. J’ai un petit coté ricain moi, et j’estime que la démocratie, ça s’exporte avant tout par la grâce de la technique, et que la technique, c’est faire parler la poudre afin d’écraser les autocrates locaux sous des tapis de bombes. Nous civiliserons notre sexualité comme nous avons civilisé les cinq continents, la lune, et le reste !

Bon. Je sais pas ce qu’ils foutent dans leur punch dans cette ré-soi, mais c’est du raide en tout cas… Depuis combien de temps j’hallucine comme ça ? J’ai passé la nuit a essayer d’unifier une théorie sur les relations amoureuses sans aucun succès… le chaos total, rien ne colle, mais en même temps tout peut potentiellement s’imbriquer… Gingembre/clous de girofle/jus de goyave, 2 euros 50 le verre, une affaire ! Ça n’arrange pas le torrent magmateux incohérent de mes pensées, tout ça… Où en étais-je ?

Mon regard vide est en réalité en train de fixer une fille depuis 10 bonnes minutes, et elle aussi me regarde, depuis l’autre bout de la terrasse. Châtain clair à lunettes, un legging ironique Zelda avec la Triforce, le haut je ne sais plus, les chaussures non plus. Yeux noisettes à l’air curieux. Nez légèrement aquilin ne laissant pas indifférent pour qui sait apprécier les jolis défauts qui font tout le sel d’un corps féminin. Présence de hanches. Je m’aperçois que je la fixe, je tourne immédiatement la tête sur le coté, je sens de nouveau le rouge me monter aux joues, depuis combien de temps est-ce que je la regarde ? Depuis combien de temps est-ce qu’elle me regarde ? Elle s’avance vers moi, merde, elle est plutôt mignonne en plus, prendre l’air blasé, vite, contenance, distance, hauteur, je tire sur ma tige, je fais passer la fumée par mes narines, ça me fait mal mais tant pis ça fait homme, air détaché, air détaché surtout, avoir l’air de s’en foutre, elle me demande du feu, se met à me parler, senteur La Petite Robe Noire de Guerlain, je réponds, on discute un peu, on discute beaucoup en fait, on s’assied, je reprends le contrôle, neutralisation de la situation, désexualisation progressive de la chose, ouf… On reste bien une heure comme ça, à fumer des clopes, en regardant le ciel sans étoiles, elle est assez cultivée, je suis surpris. Céline, Jeff Bezos, Werner Herzog, elle tient la dragée haute. Je la provoque un peu, je la trashe un brin, allez Hazu, oublie pas la leçon, oublie pas la sombre triade, c’est ça que tu dois être, sinon elle partira aussi… Elle feint la colère, me répond, ne se démonte pas, on se raconte nos vies, je blablate pour me donner une contenance, et soudain elle me prend la main, me coupe en plein pamphlet, pour une fois que j’étais inspiré, me dit viens, m’emmène au travers de la foule, bouscule trois gaillards, me fait sortir du club, merde merde merde, je dois faire quoi, qu’est-ce qu’elle me veut, des enfants ?, pourquoi elle?, je vais devoir payer un uber, je suis trop ivre je vais jamais tenir, et demain matin il se passera quoi ?, je dois agir, vite, prends une décision, sois un putain d’homme une fois dans triste existence, à quoi ça mène tout ça, l’amour ne rime à rien de toute façon, je suis fait pour être seul, est-ce qu’elle enlèvera ses chaussures en entrant chez moi, je viens de passer l’aspirateur, je m’appuie contre un mur, elle s’approche, elle sourit, tiens elle a une dent qui n’est pas droite, m’enlace, se hisse sur la pointe des pieds, elle va m’embr…

 

Comments
  1. Pecyna | Répondre
  2. William | Répondre
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      • Pig Sempai |
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      • Le Mirliflore |
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  5. Klaus Toujours | Répondre
    • Lilabella | Répondre
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  6. Don Esteban | Répondre
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